Le Moustique ! ... Pacifique Concours Reine Elizabeth (Suite) Sous la direction de Sylvain Cambreling (1988) puis de Marc Soustrot (1992, 1996 et 2000), qui dirigera également, d'ailleurs, les sessions de violon de 1997 et de piano en 1999, I'orchestre de I'Opéra bruxellois a pu, dans un exercice particuli@rement difficile, apporter la qualité nécessaire a la mise en valeur des candidats. Quant au répertoire baroque, la nécessité d'un accompagnement adapté se fait ressentir sans tarder - la Belgique étant un des foyers historiques du revival baroque. Aprés avoir opté (1992 et 1996) pour une formation sur instruments modernes (le Collegium Instrumentale Brugense de Patrick Peire), la direction du concours accomplit le pas trés attendu de la formation sur instruments anciens : l'Academy of Ancient Music, sous la direction de Paul Goodwin, accompagne la session de chant de 2000, non sans retentissement. La quéte d'un accompagnement idéal se poursuit, du reste, sans relache : pour la session du cinquantenaire (2001), consacrée au violon, les demi-finales permettront aux candidats d'exécuter un concerto de Mozart avec un orchestre de chambre. Quant aux accompagnateurs mis a disposition des candidats violonistes et chanteurs venant sans partenaire attitré, ils sont d'excellent niveau, et parmi eux se reconnaissent et s'apprécient d'anciens lauréats du concours, comme Jean-Claude Vanden Eynden ou Daniel Blumenthal. Les jurys Les jurys du Concours Reine Elisabeth constituent une légende a eux seuls. Parfaitement silencieux, ces tueurs - comme les appelle malicieusement Isaac Stern - sont les yeux et les oreilles devant lesquels les lauréats essaient d'oublier leur trac ; ils sont les porte-plume qui inscrivent une note, secréte et non modifiable ; ils sont les maitres qui ont décidé de la premiére place de 31 premiers lauréats de 1951 a 2000, que la postérité ait confirmé leur jugement ou non. Le prestige de ces jurys est indéniable. Le fin connaisseur de l'histoire du violon pourrait-il éviter la pamoison, Volume 6 - 11¢ Edition * ISSN 1704-9970 Novembre 2003 en lisant au hasard la liste des jurés en 1971: Avramov, Bobesco, Calvet, Francescatti, Gulli, Kogan, Kurtz, Menuhin, Neaman, Octors, Odnopossoff, Raskin, Stern, Szigeti, Uminska, Vegh ? De tels exemples pourraient étre multipliés, mais ces listes n'ont pas leur place ici. La certitude est la, indiscutable : la capacité de jugement d'un tel jury est évidemment immense. Les questions que soulévent les palmarés n'en sont que plus enrichissantes. A I’'écoute des archives du concours, la tentation est grande, évidemment, d'instruire en un appel tardif un procés historique. Ah ca ! Comment ces grands maitres ont-ils pu en 1952 classer Entremont 10e et Hans Graf 11e ? Pourquoi Vasary ne fut-il classé que 6e en 1956 ? Zakhar Bron, le maitre de Repin et de Vengerov, méritait-il bien d'étre 12e en 1971 ? Etait-il fondé de classer Egorov 3e en 1975, derriére deux compatriotes aujourd'hui fort discrets ? Le jury a toujours ses raisons. Son nombre méme, l'absence de délibération sont des garanties solides. Et il juge ce qu'il entend en finale, teinté du souvenir de la premiére épreuve et des demi- finales (celles-ci devenant, du reste, de plus en plus importantes). Certes, Emmanuel Ax, James Tocco, Cyprien Katsaris (7e, 8e et 9e en 1972) étaient déja de grands artistes. Mais certains aspects de leur prestation, cette soirée-la - que ce soit sur un plan artistique ou sur un plan technique - ont moins convaincu les Annie Fischer, Alexandre Brailowsky, Leon Fleisher, Emil Guilels et autres Viado Perlemuter qui les écoutérent trés attentivement. La réside la dure loi du Concours ; et les cartes sont rebattues, ensuite, lorsqu'il s'agit de mener une carriére, avec l'aide de dame Chance ; les revanches - toutes pacifiques - sont nombreuses. Ajoutons que la direction du concours ne pourra, par une gourmandise bien légitime, résister au plaisir de mettre quelques membres du jury a contribution pendant les sessions : durant la semaine de mise en loge, par exemple, des concerts mémorables auront lieu, comme cette soirée de 1959 qui rassemblera Oistrakh, Menuhin et Grumiaux sous la direction de Franz André ; et des Oistrakh, Guilels ou Frager multiplieront a ces périodes leurs apparitions pour le plus grand plaisir de leurs admirateurs. Aujourd'hui, c'est l'aide aux candidats qui est cependant davantage mise en avant, avec des masterclasses données par des membres du jury pendant la semaine de mise en loge. Elles sont notamment ouvertes aux demi-finalistes malheureux.