Le Moustique! ... Pacifique C'était une sage décision. Jusqu'a six heures, le silence regna dans le village. Tout le monde faisait la sieste derriére les volets clos, dans l'ombre fraiche des maisons pavées. Seules, les cigales, de temps a autre, faisaient entendre leur crissement qui s'enflait parfois jusqu'a emplir l'air, puis s'apaisait et mourait doucement. Pendant leurs périodes de repos, on aurait pu entendre, en tendant I’oreille, le grésillement des mouches coléreuses tentant de décoller leurs pattes des rubans de glu suspendus dans chaque cuisine du village. Les oiseaux se taisaient. Chats et chiens somnolaient. Les étables et les écuries étaient sans voix. Le temps semblait s’étre arrété. Il est vrai qu'il edt fallu @tre fou pour s'aventurer dans les rues. Chacun attendait dans le calme le premier souffle d'air frais du vent de mer qui se léverait en fin d'aprés-midi. Il n'y eut pas beaucoup d’animation sur le champ de foire pourtant ombragé de tilleuls oll se tenait la féte traditionnelle. Quelques jeux, un mat de Cocagne, des batailles entre le marchand de farine et le marchand de charbon, et enfin la distribution des jouets a tous les enfants du village. C'était une bonne accasion pour en donner a ceux qui n'en avaient jamais. D'année en année, rien ne changeait. Mais c'était quand méme le 14 juillet! Il fallait bien étre la pour célébrer la prise de la Bastille ! La féte se poursuivit le soir, aprés le diner, pour le feu di’artifice, le spectacle magique par excellence, qui réunissait chaque année tous les gens du village. Mimi y assista, l’air maussade, avec ses voisines. Le 15 au matin, les mains enfoncées dans les poches de son tablier, le nez dirigé vers la pointe de ses sandales, Mimi se rendit a la Mairie pour faire une déclaration: Chassagne n’était pas rentré de la nuit. C'est pas grave, ¢a, Miri... - Si! Volume 7 - 5¢ édition ISSN 1704 - 9970 Mai 2004 - Allons, raconte-moi ! Quand était-il parti ? - Ben... hier. A bicyclette. - A quel moment? Apres le feu d'artifice? - Non. Avant. A une heure. - Une heure de l'aprés-midi? Par cette chaleur? - Ben oui. - ll est fou! II faisait un soleil a crever! Ou est-il allé? - A Landiéres. - C'était urgent? - J’sais pas. - Il t'a dit ot il allait, a Landiéres? Au café? - Oui. Au café. J’crois. Et Mimi répéta les mémes phrases : Chassagne était parti et il n'était pas rentré. II n'était pas rentré de la nuit. Et ce matin il n'était pas la non plus. Voila! - Tu es inquiéte? - Ben oui! - Il ne faut pas, voyons! Hier, c’était le 14 juillet, ila dd rester avec des copains. - Non. - Pourquoi non? - Il avait dit qu'il rentrerait tout de suite pour aller au feu d’artifice avec moi. - Ila pu rencontrer quelqu'un... Et puis, tu connais Chassagne, Mimi! C'est un bon gars, mais il aime hien la bouteille de temps en temps! II n'était peut- étre pas en état de se tenir droit sur son vélo! Alors il a dormi ot il était... Ecoute, Mimi! Rentre chez toi! Ne tiinquiéte pas. Tu vas voir revenir ton mari dans la matinée. Si cela se trouve, il est peut- étre déja chez toi. Allez, val... Mimi ne répondit pas. Elle ne savait pas quoi dire a ce Secrétaire de Mairie qui était si sar de lui. Elle finit par penser qu'il avait sans doute raison, retraversa le village et rentra chez elle : Chassagne n'y était pas. La journée passa. Le fait que Chassagne ait découché ne troublait personne de l'entourage de Mimi. Mais le soir, elle revint a la Mairie pour “dire exactement ce qu'elle avait dit le matin.