Rubrique Littéraire L'Idole de Robert Merle, éditions Plon, 1987 (cet ouvrage est disponible a la bibliothéque McClung 4 Victoria) = En 1945, Robert Merle traduit sous le titre, Le démon blanc, un drame élisabéthain de John Webster, The White Devil ou Vittoria Corombra, joué en Angleterre vers 1611. Dans cette piéce, Webster fait le portrait de Vittoria, une courtisane dont la vie licencieuse scandalisa Rome 4 la fin du seiziéme siécle. Femme d'un pauvre gentleman, elle parvient a se faire pouser par Bracciano, puissant et riche Duc de Padoue, aprés avoir intrigué pour que ce dernier se débarrasse et de sa femme et de son mari a elle. Webster montre la culpabilité de cette femme mais il est également fasciné par sa beauté et sa force de caractére. Ayant par la suite lu un récit de Stendhal qui est la traduction littérale d'une vieille chronique italienne et qui présente une toute autre version des faits et du personnage, Robert Merle entreprend alors de réfuter l'interprétation de Webster, sans doute inspirée par le puritanisme, et de rétablir la vérité historique sur la vie de Vittoria, dans son roman, L Tdole. Il montre une Vittoria cultivée, intelligente, généreuse et extrémement belle. Avec ses longs cheveux qui tombent jusqu'a terre, ses yeux bleus, son sourire enchanteur, ses formes statuesques, elle est admirée comme une idole pour sa beauté extraordinaire. Aujourd'hui, elle serait une star. Mais, au seiziéme siécle, en Italie, elle est mariée, vendue 4 un homme qu'elle n'aime pas. Elle rencontre le Duc de Padoue et c'est le coup de foudre entre eux. Afin que sa vertu de femme mariée reste intacte, elle est surveillée, trahie par son confesseur, sequestrée par deux fois dans une forteresse. Quand elle réussit 4 se remarier avec l'homme qu'elle aime, le pape Grégoire XIII annule son mariage. Finalement, elle est assassinée, victime d'un société brutale, avide et machiste. A partir d'une histoire plutét mélodramatique, pleine de passion, de violence, de rebondissements, I'auteur trace également un portrait de la société italienne de I'époque: Florence, ou les Médicis n‘hésitent pas a utiliser la dague ou le poison pour accroitre leurs richesses et leur puissance; Rome surtout, d'abord sous le régne de Grégoire XIII, pape pusillanime et jouisseur, ensuite sous le pape Sixte Quint, grand réformateur, respecté pour sa morale austére et son esprit de justice. Avec un talent qui tient autant du dramaturge que du romancier, Merle batit un roman vivant, fascinant, sur une intrigue habilement construite. En 1949, il a obtenu le prix Goncourt pour son célébre Week-end a Zuydcoote dont on a fait un film a succés par la suite. Depuis, il a produit un grand nombre d'excellents romans et il continue a écrire, souvent dans la veine historique, avec clarté et une rare intelligence, des récits passionnants. Monique Genuist