TOURISME EN C.B. EN 1928 Un livre d’impression de voyage fut écrit en 1928 par M. Paul Cozé, publié a Paris: Librairie de la Revue Frangaise, 1929, portant le titre de WAKANDA. M. Cozé, artiste-peintre, voyageait au compte de |’Association des Scouts de France.Nous extrayons des passages du récit de son voyage (1928) traitant de la région nord de la C.-B. DANS LE BAR DE LA “RUEE VERS L‘OR.”—HAZELTON .. .Hazelton! Je descends ici. Je suis trés haut sur la mappemonde. Il fait assez froid et nous ne sommes qu’au 15 septembre (1928). Deux automobiles, des taxis méme, offrent leurs services aux rares voyageurs a destination d’Hazelton. Cette localité est a trois ou quatre kilométres de la gare. Le village, ce ne peut-étre une ville, apparait. Tout est en bois. ...Le chauffeur me fait !’éloge d’un hétel et s’empresse de m’y conduire. Ce palace est en bois. Il a l’aspect le plus rudimentaire qui soit et ses clients sont, de prime abord, d’aspect inquiétant. Une grande salle fruste, éclairée par le feu clair du foyer autour duquel sont groupés des personnages tirés d’un sombre roman d’aventures. Aux murs, on voit, accrochées, des peaux de bétes, des tétes d’animaux, trophées de chasse. Le hall de ce palace a de bien singuliers hétes. Au surplus, le nombre de ceux-ci varie 4 chaque minute. IIs entrent ou sortent, ils crient ou fument, ils crachent ou s’interpellent. L’atmospheére est chargée de fumée au point que tout apparait estompé et perdu dans un fond indéfinissable. Il faut dire, pour expliquer ce mouvement de va-et-vient, que Vhétel est aussi un des principaux magasins de la ville. II n’y a pas de petits profits. Une porte ouverte attire mon attention. A cété de la grande salle, il y a un bar-restaurant. Un rapide coup d’oeil sur ce grill-room est bien fait pour vous couper l’appétit pour longtemps. Les provisions en vue décourageraient les moins gourmands. Enfin, pour achever le désenchantement, en regardant bien, on découvre, non sans surprise, que le restaurant-bar est aussi un salon de coiffure. On rase, on coupe les cheveux, 4 cté du comptoir des vivres. Tous les cheveux que l’on trouvera dans la soupe ne viendront pas du cuisinier. . .! ...On me méne dans une chambre, qui n’est certes pas luxueuse, mais ot je serai seul. Incroyable avantage! Le lit est sommaire, les draps presque propres. Je dis presque, parce qu’on a eu la délicate attention de les retourner aprés le départ du dernier locataire. HAZELTON Au mur est scellé un solide anneau de fer, auquel est fixée une longue corde de chanvre. Serais-je dans la chambre des pendus? Ou dans une salle de torture? ...Unchinois qui marche a petits pas pressés et feutrés, m’explique la présence de cette corde et de son utilité de premiére importance. Dans ce pays, une maison brile généralement plusieurs fois par jour. Du moins c’est ainsi que je comprends le jargon de mon cicerone, et l’incendie est si rapide, qu’il n'y a, pour échapper aux flammes, pas une minute a perdre. Dés que la cloche sonne, on doit, tel qu’on est, sans s’embarasser de quoi que ce soit, s’emparer de la corde, s’élancer vers la fenétre 4 guillotine—en pays anglo-saxon toutes les fenétres sont ainsi— et se laisser glisser 4 terre. Il faut s'enfuir au plus vite. Quelques minutes apres, l’édifice qui vous abritait s’écroule en entier. C’est généralement aprés la catastrophe que les pompiers arrivent. Ils ne jouent pas une opérette d’Offenback, mais I’alerte donnée, si prompte soit-elle, ne leur permet pas d’arriver a temps a cause de la foudroyante rapidité du sinistre. Leur but n’est pas d’éteindre le feu, mais de le circonscrire et d’empécher les maisons voisines de prendre feu a leur tour... . A peine suis-je dehors, que j’apergois deux Canadiens nu-téte, habillés de jersey, portant eux aussi un attirail d’artiste. Des con- currents?...Ce sont bien des peintres en quéte de sujets neufs. ..- Hazelton n’est plus un coin perdu au sud de I’Alaska... . Le temps le permettant, je quitte le groupe d’artistes pour aller voir l'agent indien. Je reconnais facilement sa demeure, car elle a le cachet officiel des homes de fonctionnaires canadiens. Devant la maison, du gazon vert soigneusement entretenu et des barriéres blanches. L’accueil est charmant, sympathique.. . . Les Indiens de la région d’Hazelton ne sont pas trés nombreux. Ils appartiennent a la famille des Tsimsian. Ils ont le type chinois ou mongol: petits, jaunes, les yeux bridés. Ils habitent de grandes maisons communales. Devant les habitations des chefs, se dressent des mats- totems. II vivent presque uniquement de poissons.. . . LA BOUTIQUE AUX SOUVENIRS—HAGWELGET L’agent indien de Hazelton, trés gracieusement nous a proposé a M. Pepper, un des peintres canadiens dont j’avais fait la connaissance le jour de mon arrivée, et 4 moi, de nous conduire en auto a Hagwelget.—C’est tout prés d’ici, déclare-t-il, et comme je dois