Le Soleil de Colombie, vendredi 18 mars 1988 - 11 Voyages Par Jean-Claude Boyer Bangalore (sud del’Inde) , le 20 février 1985. Peu aprés ma descente du train, vers 23 heures, je monte dans un rickshaw-taxi motorisé pour me rendre a la résidence d’amis missionnaires, religieux de la congrégation de Ste-Croix. On m’a prévenu du montant a payer: 10 roupies (1$).. Le chauffeur m’en demande 20, bien sar. Il finit par consentir a parcourir les quelques kilométres pour 15 roupies. En nous approchant du «69 St. Mark’s Road», il se met cependant 4 jouer du volant comme si cette adresse était introuvable. Ce petit manége ne m’étonne guére mais je ne suis pas d’humeur a aboyer. Nous tournons donc en rond pour 5 roupies de plus. Lorsque le brave Indien arréte enfin son véhicule Récit d’un tour du monde Abhayadhama a une vingtaine de kilométres de Bangalore. Le frére, spécialisé en orthopédagogie, y dirige une oeuvre appelée Abhayadhama («foyer sans peur), oeuvre qu'il a lui-méme fondée. Elle a pour mission de prendre en charge et d’éduquer quelque 80 jeunes indigents, de 6 a 18 ans, la plupart orphelins ou abandonnés de leurs parents. Présentations, visite des lieux. En arrivant a la résidence principale, je ne peux pas ne pas remarquer une statue. du frére André (le frére de Ste-Croix fondateur de l’Oratoire Saint-Joseph de Montréal, béati- fié en 1982), grandeur nature, agenouillé dans l’herbe, les mains en priére, alors que sur la véranda, la statue de saint Joseph lui-méme, tout en blanc, mais le corps séparé en deux troncons debout par terre, attend patiem- Abhayadhama: 80 jeunes de 6 a 18 ans. devant le 69, il me demande 20 roupies. Je lui en présente 15, comme convenu. I] ne veut rien entendre. C’est le frére Conrad qui tranchera la question d’une voix jupitérienne. Ce missionnaire en effet, prévenu de mon arrivée par télégramme, me recoit comme si j/étais encore son confrére (je suis ‘un ancien de la congrégation) . Brin de causette (le frére est un peu sourd), petit goiter, et jeme retrouve vite dans un bon lit, loin de ce monde. Le lendemain, présentations..., puis petit déjeuner «canadien»: café, toasts, oeufs, tomates, miel! Le frére Ulysse me fait ensuite visiter ses locaux, impeccables, ou adolescents et adultes se réunissent réguliérement pour développer leur esprit d’aposto- lat, ou parfaire leur éducation sexuelle, ou se préparer au ' mariage... Le batiment princi- pal, haut, beige, d’une curieuse architecture aux murs arqués, a fiére allure avec ses palmiers; arbustes et bougainvillées a fleurs violettes et roses. Son voisin, un autre édifice de belle stature, appartient 4 la communauté; il contient des locaux loués (a Air France, 4 la Banque de I'Inde, etc.) pour faciliter le, finance- ment des oeuvres de Ste-Croix en Inde. Une camionnette entre dans la cour. C’est le frére Jean-Paul, un confrére de scolasticat (vers le milieu des années soixante) a qui. jai écrit de Vancouver pour lui offrir deux semaines de bénévo- lat. Retrouvailles chaleureuses. Nous nous rendons a Whitefield, ment, me dit-on, d’étre « a Jl’église paroissiale avoisinante. Les deux personna- ges, célébres pour leur humilité, semblent se plaire au milieu de cette jeunesse démunie. Le petit univers d’Abhayadha- ma comprend un vaste terrain sablonneux, plusieurs petits batiments neufs ou désuets (maison principale, école, dor- toirs, ateliers divers), de nom- breux manguiers... Les petits protégés, tous pieds nus et maigrelets, ont tdt fait de m’appeler «Brother Jean-Claude» et, quelques-uns, de «me grimper dessus». Jean-Paul m’a prévenu quils sont «terriblement affec- tueux et attachants». Des ainés font de la menuiserie, de la soudure, du tissage au métier, des cartes de Noél et d’anniversaire. Ailleurs, de plus jeunes jouent aux billes au grand soleil ou gambadent comme des veaux au printemps. De retour a la résidence du directeur, nous dégustons une bonne biére froide en nous épongeant le front avant le repas «canadien». Puis sieste prolon- gée, dans un lit entouré d’une moustiquaire, bien entendu. Je me réveille aux cris des enfants qui se préparent, pieds nus, comme toujours, pour leur «journée olympique», le 4 mars, date de la fondation du centre en 1977. En sortant sur la véranda, je souris d’abord 4 saint Joseph «coupé en deux» puis j’apercois un des enfants sur des béquilles grossiéres: il n’a qu’un pied (amputation causée par une morsure de serpent) . La pratique va bon train, bruyante, parfois méme tumultueuse. Je m’appro- che et m’efforce de connaitre et reconnaitre rapidement mes futurs éléves. Occasion révée de mettre 4 contribution mes 16 années d’expérience dans |’ensei- gnement. Un des enfants; autorisé a ne pas participer aux exercices de gymnastique, me fait signe de lVobserver: il projette une bille sur une autre, a une bonne distance, d’une seule chiquenau- de, réussissant 9 fois sur 10. Adresse phénoménale. Ces jeunes ont lair extraordinairement heureux. Un rien semble les amuser ou leur faire plaisir. Japprendrai vite 4 apprécier leur spontanéité, leur reconnaissance et méme leurs espiégleries, signe d’imagination et de créativité. Je fais la connaissance d’une fort jolie orthopédagogue indien- ne et d’une monitrice qui vient de rendre visite @ son mari (l’assistant-directeur) a lhédpi- tal. Celle-ci me raconte qu’en s éveillant, ce matin, son mari a apercu quatre singes . qui entraient par la fenétre. Ils se sont emparés de sa boite de friandises qu’ils se sont mis a déguster assis sur le tapis l'un prés de l'autre. Scéne de film invraisemblable. Impayable! La pratique «olympique» termi- née, je me vois aussit6t entouré de marmots sales, excités, fort affectueux. Ils me palpent les mains, les bras, me prennent par le cou. Quelques-uns se mettent a fabriquer des balais a partir de rameaux séchés. J’ai du mal a apprendre leur technique; ma -‘maladresse les fait rire de bon coeur. D’autres m’incitent a cueillir et 4 goiter un petit fruit que je ne connais pas, ce qu’ils ne sont pas autorisés a _ faire eux-mémes. Ils sont tous fascinés par le calendrier de métal fixé a mon bracelet de montre. L’un deux me fait promettre de lui donner «février» a la fin du mois. Il en sautille de plaisir. Je suis moi-méme fasciné par l’aptitude de certains 4 manier plus de deux langues. Leur anglais laisse souvent a désirer mais on n’a pas peur d’ouvrir la bouche, de faire des fautes, de rire de soi et d’apprendre a partir de _ ses erreurs. La méthode Berlitz mettrait ces enfants vite 4 l’aise dans la langue de Shakespeare. C’est maintenant l'heure de la douche. Les enfants se mettent nus comme des vers tandis que des compagnons, montés sur le bord d’un grand réservoir d’eau en ciment, leur versent sur la téte, a tour de réle, des seaux d’eau froide.- C’est la féte. Vers la fin de l’aprés-midi, Jean-Paul propose que nous nous rendions dans un bar prendre un verre de brandy 4 la santé de nos retrouvailles mais aussi pour tenter de soulager ses douleurs rhumatismales. Nous y passons deux bonnes heures a converser sur nos années de formation a Montréal, les défis presque insurmontables qu'il doit parfois affronter comme _ directeur d’Abhayadhama, les deux ra- tions d’eau quotidiennes, la mentalité indienne, mon odys- sée... Mon ami me raconte qu'il est parfois appelé a s’occuper de cas fort pénibles, en particulier d’enfants sauvagement battus ou méme mutilés. I] en connait quelques-uns, 4 Bangalore, dont on a coupé la langue pour en faire des mendiants professionnels. Ils errent ¢a et 1a en présentant aux passants un message écrit. Ses démarches auprés de la police ou ‘de quelque autorité gouverne- mentale que ce soit n’ont rien Société canadienne d’hypothéques et de logement donné. Personne ne s’en soucie. Les mutilés eux-mémes ne veulent pas collaborer; ils craignent trop les représailles, leur malheur devenant en quelque sorte un moindre mal. De retour au centre, un autre copieux repas «canadien» (au paté chinois!) nous attend. Puis c'est le silence profond de la nuit. OOO Canada Mortgage and Housing Corporation EDMONTON Avis aux investisseurs OCCASION D’INVESTISSEMENT OCCASION D’INVESTISSEMENT e Pas de régie de loyers e Assurance-prét LNH couvrant (pour les acheteurs admissibles) YORK MILLS 69° rue et chemin Millwoods EDMONTON (ALBERTA) Reference No.: 6440/E8-24 © 76 maisons-jardins 24 - deux chambres 52 - trois chambres ¢ Chaque logement contient une Cuisiniére, un réfrigérateur, une laveuse et une sécheuse © 64 logements ont un foyer sur pied @ Situé a proximité d'un nouvel hépital ¢ Titre de copropriété enregistré © Possibilité de revenu locatif total par année: 407 520 $ Prix de vente minimal admissible: 1 800 000 $ Pour plus d'information, tel que les conditions générales d’admissiblité ainsi que notre prospectus, téléphonez ou écrivez sans tarder a l'adresse suivante en précisant le numéro de référence: Société canadienne d’hypothéques et de logement Piece 300 410-est 22° Rue Saskatoon (Saskatchewan) S7K 5T6 Tél: Mile. S. Pilling, (306) 975-5133, ou Mile. L. Swistun, (306) 975-4008 Date limite: Les offres doivent nous parvenir au plus tard de 6 avril 1988 a 14 h, heure de Saskatoon. Question habitation, comptez sur nous SCHL