“Globalia de Jean-Christophe LE REVERBERE CLO ye Globalia Rufin, Paris, Gallimard, 2004. _Dans ce roman, Rufin évoque notre monde a venir en portant a l’extréme les tendances du présent. Il imagine une utopie futuriste dans la lignée d’un George Orwell ou dun Aldous Huxley. Une trentaine de multinationales dominent et _ dirigent le monde divisé en deux. D’un coté, une grande partie de Amérique du Nord et de Europe, plus la Chine, le Japon et la Russie appartiennent a la zone sécurisée. Le reste du monde n’existe pas, est devenu une non-zone ou croupissent les autres dans la misére, pauvrete, faim, maladies. Entre les deux, la mafia fait le lien exploitant les pauvres des non-zones au profit des dirigeants de Globalia. La zone sécurisée est partout recouverte dun dome transparent. Il y régne un ciel bleu constant, tout y est artificiel, le climat, les vétements, la nourriture, etc. Les gens qui parlent tous l’anglobal vivent trés vieux grace au clonage thérapeutique qui permet de remplacer la plupart des organes défaillants. La chirurgie esthétique efface les signes de l’age. Tous vivent dans la sécurité et jouissent dun « minimum prospérité ». A Vintérieur de Globalia, plus de guerre. D’une certaine facon, c’est le paradis. Mais 1’élément essentiel qui unit les habitants de Globalia, c’est la peur des gens des non-zones, la crainte des terroristes, d’ou une industrie trés importante consacrée a l’armement. D’ou aussi la nécessité pour la classe dirigeante de maintenir un climat de peur et d’avoir toujours un ennemi a combattre. 16 OCTOBRE 2006 VERS 2010 Le héros de cette histoire est un jeune homme nommeé Baikal qui se sent écrasé dans Globalia, qui réve de liberté, de vraie nature et de vraie vie. Alors qu’il s’échappe de la zone sécurisée, il devient a son insu le cobaye qui va servir de Nouvel Ennemi. En Globalia, presque personne ne lit ou n’écrit sur du papier, denrée devenue introuvable. Les humains ne communiquent que par ordinateurs et autres techniques. Les livres n’existent que dans quelques rares bibliothéques, cependant c’est par eux que la révolte contre cette société étouffante couve et se maintient. Car les livres échappent a la censure vu qu’ils sont devenus obsolétes. Comme dans ses précédents romans, Rufin construit une intrigue solide et passionnante, crée une histoire d’amour et d’aventures tout en faisant une remarquable satire de nos sociétés libérales et capitalistes. Il offre une vision des effets présents et a venir de la mondialisation et de la généralisation d’une démocratie unique qui devient une sorte de dictature. Jean-Christophe Rufin a obtenu le prix Goncourt pour son roman Rouge Brésil. Docteur de profes- sion, il a été vice~président de Médecins sans frontiéres et, depuis 2003, il est président de Action contre la faim, l’équivalent d’Oxfam. Monique Genuist