Le Moustique Volume3 - 8 édition Aoi 2000 trop sérieux. Et de plus, nous réclamions a boire avec véhémence. I] est vrai que nous mourions de soif. Le maitre de céans, un Frangais célibataire sans doute car les piéces étaient peu nombreuses, petites et sans touche féminine, était absent. Il était au travail, a Brazzaville trés vraisemblablement. Aprés de nombreuses supplications de notre part afin d’ébranler ses réticences, il céda enfin et ouvrit un réfrigérateur presque vide pou en retirer une bouteille de limonade gazeuse, rouge cerise, de préparation locale semblable a ce que nous avions coutume de boire de |’autre cété du fleuve. Pour le dépaysement, c’ était raté, mais nous aurions bu n’importe quoi. Aprés que nous etimes vidé la bouteille en quelques lampées, de plus en plus inquiet, le domestique nous pria de disparaitre. C’ était d’ailleurs ce que nous avions de mieux a faire, car le temps passait et il nous fallait encore retraverser le fleuve. Cela ne nous faisait plus peur. La soif étanchée, la fatigue s’€était €vanouie et la bravade avait resurgi. Nous étions passé une premiére fois, nous passerions une seconde ! L’expérience est sans conteste une excellente chose. Au retour, nous décidames de remonter le fleuve bien plus haut encore qu’a I’aller. Et la nouvelle traversée s’effectua sans grande difficulté, me semble-t-il. Je ne m’en souviens méme plus. Avions-nous découvert le meilleur point de passage ou étions-nous trop fatigués pour avoir encore conscience de quoi que ce soit. Par contre, je me souviens fort bien des réactions de ma mére quand je suis enfin rentré a la maison. Elle m’a demandé bien sir d’ou je revenais, si tard. — De l’école, voyons ! Quelle idée. Le bus scolaire était en retard. C’est tout. Soupgonneuse, elle me demanda tout de méme ce que j’avais bien pu faire pour revenir avec un fond de culotte si dégoitant. Je lui répondis n’importe quoi. Gamin, dans cette partie du monde, il y avait mille bonnes raisons pour se salir le bas du train. Et c’est tout ! C’est passé comme une lettre a la poste. Pas de tintouin, j étais presque dé¢u. Décu et décontenancé, je l’ai été de plus en plus quand j’ai mieux pris conscience de l’énormité de ce que nous avions fait. C’était une aventure prodigieuse et personne n’était au courant. Nous devions nous contenter d’une gloire modeste.