Le Moustique Volume 4 - 8° édition ISSN 1496-8304 Aott 2001 C'est l'histoire d'un géant qui va de ville en ville, gagner sa vie a la force de son torse tellement puissant qu'il fait exploser des chaines. Son assistante (Gelsomina- Giulietta Masina) est un étre innocent qu'il maltraite sans état d’Ame jusqu'a I'abandonner, un jour, au bord de la route. Cependant, quand il apprend quelques années plus tard qu'elle en est morte, des larmes coulent le long de ses joues. Ce mélodrame sur les gens du voyage, ce road movie comme on dit aujourd'hui, voit Fellini installer le climat dramatique au moyen des décors naturels: plages désertes, terrains vagues, campagnes sinistres. «La Strada» est un voyage 4 travers I'Italie désolée d'aprés guerre, d'aprés fascisme, qui méne a la grace, au pardon. Gelsomina rachéte les fautes du colosse Zampano, perce sa brutalité apparente pour atteindre son coeur. Anthony Quinn entre alors dans celui de millions de spectateurs et «La Strada» est l'absolu chef- d’ceuvre de sa filmographie. EN PASSANT PAR LA CRETE L'autre film qui surgit instantanément dans les mémoires au nom d'Anthony Quinn, c'est «Zorba le Grec» d'aprés le roman de Nikos Kazantzakis qu'il tourne dix ans plus tard. Dans ce film de Michael Cacoyannis, l'homme et son personnage semblent se fondre dans une méme personne pleine de vitalité, d'exubérance, de sensualité, de liberté. Ces années 54-64 seront la décennie d'or d'Anthony Quinn, celle qui va I'imposer comme un monument du 7e art. II est un inoubliable Quasimodo, tombant Esmeralda Lollobrigida dans «Notre Dame de Paris» de Jean Delannoy. Aux cétés de Kirk Douglas, il est Gauguin et gagne son second oscar dans le «Van Gogh» de Minnelli. Il incarne «Barabbas» dans le somptueux péplum de Richard Fleisher d'aucuns considérent d'ailleurs qu'il s'agit de sa meilleure interprétation. Il figure aussi en cheik arabe dans un autre chef-d'oeuvre absolu, «Lawrence d'Arabie» de David Lean. Et puis, en compagnie de Gregory Peck, il est membre du commando qui s'en ira détruire «Les Canons de Navarone», film de guerre culte s'il en est. Et on ne risque pas d'oublier ses deux westerns classiques que sont «L'Homme aux colts d'or de Dmytryk et «Le Demier train pour Gun Hill» de Sturges. En 58, il réalise lui-méme un film, «Les Boucaniers», dont les qualités furent attribuées 4 Cecil B. De Mille. Il ne répétera pas l'expérience, estimant que son travail avait été charcuté au montage. ET LES ETATS-UNIS A l'issue de cette décennie prodigieuse, Anthony Quinn est une star vénérée dans le monde entier. ll tourne beaucoup, notamment «La Vingt-cinquiéme heure» en France avec Henry Verneuil mais ne trouve plus vraiment de réles a la hauteur de son imposante stature, d'autant qu'il se laisse parfois aller au cabotinage. Dés lors, il se consacre a bien d'autres activités: la production, mais aussi la sculpture, la peinture, ou sa notoriété fait de l'ombre a son talent. Il vit assez bien en Italie, écrit ses mémoires, «Le Péché originel», participe 4 nombreux programmes télés, jusqu’a ce triste dimanche oi il s'est éteint a 'hépital de Boston a I'age de 86 ans. II était installé depuis une dizaine d'années au bord de la mer a Bristol, dans I'Etat de Rhode Island. Si sa filmographie est bien remplie, sa vie privée ne l'est pas moins, et, disait-il, il a beaucoup travaillé pour faire face 4 ses obligations. Sa descendance compte treize enfants, le plus 4gé a prés de 60 ans et le plus jeune vient d'en avoir cing. Ah, oui! Anthony Quinn en Esquimau, c'était dans «Les Dents du diable», de Nicholas Ray. Page 7