Le Moustique ... Suite de L’homme qui flottait. J’ai connu alors fes plus beaux moments de ma vie. Nous étions faits l'un pour l'autre. Elle était douce, elle sentait bon, elle se lovait contre moi comme si, pour elle, il y avait toujours eu une place en moi. Je lai aimée comme jamais je n’ai aimé. Nous nous élevions tendrement dans le ciel. Eperdus de bonheur, nous flottions entre les cimes des arbres. Nous surprenions les oiseaux dans leur nid. Je lui cueillais des fleurs au sommet des plus grands magnolias. Je l'habillais de feuilles et de brume. Elle remplissait mon coeur, elle occupait tout mon ciel. Notre amour nous portait si haut, nous en étions si remplis qu’un beau jour on nous surprit. Les sentiments vous font perdre la téte et vous rendent imprudents. Nous volions de concert par un clair matin de printemps quand nous entendimes le cri. C’était un brave homme sur le chemin de son travail qui a l’inverse de tous ses semblables regardait le ciel plutét que de marcher la téte baissée. Ce sont ces gens- la qui font des découvertes les plus étranges. Et celle la le surprit si fort qu’il en ameuta le quartier. Nous nous enfuimes, a tire-d’aile si j’ose dire. Mais nous étions découverts. Les journaux du soir se dégor- geaient en nouvelles provenant, toutes, des milieux les mieux informés. ll y était question de recherches militaires, de visites extraterresires, de fossiles Page 14 Volume 3 - 12 édition vivants d’oiseaux gigantesques, d’apparitions saintes, de parachutistes en panne de parachute et j’en passe. Les journalistes étaient au moins d’accords sur un point, les étres observés dans les airs étaient deux et semblaient parfaitement euphoriques. Je ne pus me retenir de sourire a Alia. Dieu qu’ils avaient raison ! ll est une autre chose que les journaux nous ont appris, c’est la rage forcenée avec laquelle les journalistes se sont appliqués a nous retrouver. Et la rare efficacité avec laquelle ils y sont enfin parvenus. Du jour au lendemain, nous sommes devenus célébres. On alla jusqu’a nous payer pour faire ce que nous aimions le plus au monde, flotter. Ce n’était pas désagréable. Nous étions bien au-dessus de la foule. Elle nous admirait, mais n’était pas encombrante. Elle ne nous étouffait pas, ne nous submergeait pas. Quand les admirateurs passionnés courraient a nous, a la fin d’un numéro, nous rentrions chez nous par la voie des airs. II arrivait quelque fois qu’un impresario un peu excentrique nous pressat d’exécuter une figure un peu scabreuse. Nous n’avions aucune difficulté a refuser ; la demande du public était si forte que nous restions libres de décider de ce que nous ferions. Nous étions amoureux, nous étions heureux, nous étions célebres et a présent, nous devenions riches, mais c’était le moins important. Ne vivions-nouS pas d’amour et d’espace clair ? Décembre 2000 Tout frais payés, nous avons survolé ainsi les principales villes du plus grand nombre de pays. Notre lune de miel n’avait pas de fin et si Alia se laissait aller a tout son ‘bonheur, je reconnais avoir pensé quelquefois au passé. Avec un pincement de coeur, l'image de mon amie me revenait parfois a esprit. Je lisais également tous les articles publiés sur notre cas. La confusion y était totale. Si les tenants des sciences ésotériques s’y donnaient a coeur joie, les autres pataugeaient quelque peu. Certaines hypotheses paraissaient intéressantes. Il y avait la thése d'une transmutation passagére de certains de nos’ matériaux organiques en hélium, mais les physiciens atomistes, ne comprenaient pas comment la chose soit possible. D’autres pensaient que, de conformation différente, notre digestion émettait une quantité de gaz exagérément importante, avec pour conséquence une baisse significative de densité. Ce n’était pas ‘convaincant. Nous flottions, sans doute, mais n’étions pas ballonnés. Et le plaisir que nous avions dans les airs n’avait rien de comparable avec le supplice des malheureux aérophagiques. La majorité pensait que le phénoméne était essentiel- lement mental et que la science, dans ce domaine, avait encore a _ faire d’énormes progres avant de nous comprendre. Tous s’accordaient toutefois pour admettre qu’ Alia et moi étions des mutants et que cela, en tout cas, expliquait fort bien notre affinité. ...@ Suivre...