es edition — Mars 1999 ioe “ 4 Wy Bir In France, on dit le garde des Sceaux, méme lorsque cette fonction est détenue par une femme, alors que la sentinelle a été de tout temps, avant tout, un homme. On voit donc que ces termes sont, comme expliqué plus haut, sémantiquement neutres. En accolant a un substantif'un article dun genre opposé ne le fait pas changer de sexe. Ce n’est qu’une banale faute daccord. L’usage a permis de féminiser certains substantifs : une planiste, une avocate, une chanteuse, une directrice, une actrice, une doctoresse. Mais une dame ministresse, proviscuse, médecine, gardienne des Sceaux, offici¢res ou commandeuse de la L.¢gion dhonneur contrevient soit a la clarté, soita Pesthétique, sans que cette remarque puisse tre imputée a de Pantiféminisme. Un ambassadeur est un ambassadeur méme quand c’est une femme. Bien que l’on appelle P?épouse d’un ambassadeur : Madame lambassadrice. Il est aussi une Excellence, meéme quand c’est un homme. Un juge est qualifié de «Votre Seigneurie», ce qui faisait dire a ma femme, premiére a porter ce titre au Canada, qu'il Gtait 4 peu prés temps que ce nom soit accolé a celui @une femme ! Ce qui ne veut pas laisser croire que lon devrait masculiniser ces qualificatifs en «Votre Scigneur»y ou «Excellent», On voit done que l’usage est le maitre supreme, Jean-Frangois Revel dit avec raison que «une langue bouge de par le mariage de la logique et du tétonnement, qu’accompagne en sourdine une mélodie originale. Le tout est fruit de la lenteur des si¢cles, non de l’opportunisme des politiques.» Ce n’est pas al’ Etat de décider du vocabulaire et de la grammaire. II tombe en outre dans l’abus de pouvoir quand il utilise ’école publique pour imposer ses oukases langagiers a toute une jeunesse. Pour servir le francais, tout gouvernement ferait micux d’abord de voir a ce qu’on l’enseigne en classe dans toute sa pureté, son authenticité et son universalité. I] faudrait aussi veiller a ce que l’audiovisucl, placée sous sa coupe, n’accumule pas a longueur de journées les faux sens, les solécismes, impropriétés, barbarismes et cuirs qui, pénétrant dans le cerveau des enfants, achévent de rendre impossible la tache des enseignants. Alors que nos sociétés progressent vers l’égalité des sexes dans tous les métiers, sauf le métier politique, on constate que les coupables de cette honte croient s’amnistier en torturant de facon démagogique la grammaire. Ils ont cru a une opération magique en faisant avancer le féminisme faute d’ avoir fait avancer les femmes. Et dans ce cas, comme dans beaucoup d’autres, les féministes ont grimpé sur les barricades pour défendre une mauvaise cause.