Le Moustique Volume 3 - 3°" édition Mars 2000 A présent que le chemin est libre, il faut faire vite. S'insinuer entre les véhicules qui se bousculent dans l'ouverture, louvoyer, se placer sur le coté gauche pour prendre la Fort au prochain feu rouge. Les piétons ne se rendent pas compte des problémes qu'ils nous causent. Et il est méme certain quiils s'en balancent souverainement. Cela ne s'est tout de méme pas trop mal passé aujourd'hui, je n'ai pris que douze minutes pour faire deux cent métres. Mais qu'ont donc ces piétons a vouloir écraser les automobilistes de tout le poids de leur insolence. Quand ils en auront fini avec leurs achats, ils deviendront pour la plupart conducteurs a leur tour et passeront sous les mémes fourches Caudines. Ace nouveau carrefour, l'opération est un peu différente, mais la difficulté n'est pas moindre. Il y a un signal spécial qui donne, pour un temps, la priorité & ceux qui tournent sur la gauche. II faut faire vite car le temps imparti est de courte durée. Démarrage en trombe, virage sur les chapeaux de roue et arrét brutal ; les piétons traversent déja, alors que leur signal est toujours au rouge. Et cette fois, vous étes complétement coincé. Le feu est vert partout, les piétons passent devant, des voitures derriére et vous bloquez sur votre droite une marée de conducteurs enragés qui déversent sur vous la bile accumulée lors de toutes leurs précédentes rencontres avec d'autres piétons. La, vous prenez conscience que, pour tous, il vaudrait mieux transformer Victoria en une ville piétonniére et, dans un gigantesque autodafé, briler tous les véhicules et, pourquoi pas, tous les biffins également. Méme si vous @tes dans votre droit, ne tentez pas de passer coute que coute, les gens préféreront se faire écraser plutdt que de céder. Il y a eu des cas ou ils sont allés jusqu'a se jeter sous les roues. Il est vrai quiils en tireraient presque avantage. Les juges sont a ce point en leur faveur qu'ils vous condamneront automatiquement a leur payer compensations et indemnisations généreuses, certainement plus confortables que la plupart des salaires et des indemnités de chomage en cours dans ce coin-ci du monde. On raconte méme que des étudiants ont pu se payer des études entiérement en se faisant rouler dessus par les quelques voitures qui osent s'aventurer dans les quartiers de l'université. Chaque peuple a ses moeurs bizarres et barbares. Ici, il se trouve étre un piéton a traverser la rue, méme en dehors des passages cloutés, que toutes les voitures s'arrétent au moins cent métres avant l'obstacle. A Toronto, il est mieux et moins risqué de n'utiliser que ces memes passages. A Montréal, il devient dangereux de traverser la rue dans toutes les circonstances. ...Suite en page 14 eecccoeseveseseeseres agi “