LETTRES A L'EDITEUR Réponse & la semaine derniére : Ma chére amie verdatre, Le coeur brisé & la vue de tes deux larmes chaudes et de ta maigreur déconcertante, je m'élance, la plume 4 la main, a ton secours. Geste d'autant plus spontané que j'ai grand'envie de donner mon opinion sur le dernier éditorial qui m'a secoué de ma léthargie.. D'abord, Monsieur l'Editeur, je ne comprends pas comment la tranquilité relative de cette université peut ~ vous inquiéter. Seriez-vous plus aisé dans une comme on les trouve aux Etats-Unis ? I] est bien amer que l'on doive étudier si longtemps pour gagner son pain plus tard, mais mettre en question les fruits de notre travail en gaspillant nos énergies dans des émeutes futiles, c'est béte. Vous nous exhortez & abandonner notre état de léthargie. D'accord, pourvu que ce soit l'apathie de nos étudiants envers la langue que nous avons choisie é&'apprendre. Oh n'est-il pas plus d'apathie que dans ma classe oh personne ne bouge les lévres quand le prof pose la emoindre question et qu'aucun d'eux n'assiste jamais & une réunion du Club Frangais ? Voila la vraie cause du maigre résultat de quelques cours de frangais. Car, si un étudiant s'est déterminé & bien apprendre quelque chose, il n'y a prof qui puisse le freiner; le bon usage de ses livres et de ceux qu'il peut se procurer & la bibliothéque suffirait a le faire devenir membre honoraire de 1]'Académie Frangaise. D'ailleurs, envisageant cette indolence de la masse étudiante, je me garderais de lui faire déterminer la conduite d'un cours; guidé par son amour de l'oisiveté, on tachera d'éliminer le plus de travail possible, abaissant gone le niveau d'instruction, jusqu'a ce que nos diplémes valent plus qu'un verre d'eau. Comment, nous sommes les éléves et nous devrions dicter a nos mattres comment ils doivent s'y prendre ? Si nous en savons plus qu'eux, mieux vaut done rester chez nous: Enseigner exige autant de liberté personnelle que penser. Croyez—-vous que forgant un prof 4 suivre un systéme contraire & celui qui lui est naturel, on facilitera sa tache ? Je croia plutdt que, accablé par la tension psychologique ' causée par tel désaccord, il empirera son rendement. Comme rien ne l'est dans le monde, notre systéme scolaire actuel n'est point parfait. Pourtant c'est la créme des expériences accumulées pendant les siécles, expériences souvant générées par des hommes de grand calibre. Or, un jeune étudiant intelligent et zélé, mais tout-a-fait dépourvu d'expérience, propose une alternative. Il pense parler pour tous ses camarades, mais se peut—il que des centaines de personnes soient du méme avis ? L'année prochaine, voila un autre idéaliste qui exige d'autres changements et cela pourrait se poursuivre sans fin. Non seulement on ignore les conséquences lointaines de telles mesures, mais encore, d'un changement & l'autre, on n'aurait point la chance de s'adapter & aucun d‘'eux.