Le Moustique ! ... Pacifique Le Vénusien. Le liquide est legérement plus chaud que tiéde, mais il n’est pas brdlant. En y plongeant les mains, la sensation est celle d’une épaisseur molle et douce. Un bouillon, a peine visqueux, dont les éléments qui le composent, presque immobiles, restent en suspension. Ils s’échappent au contact de ma peau comme des corps tendres, paresseux, ne se déplagant que pour étre laissés en paix. Parfois, ils se font prendre entre deux doigts impatients ; ils s’écrasent, mollement, comme une fade putréfaction. Ils semblent alors reprendre vie et les mille fragments informes qui en faisaient partie, s'éparpillent lentement dans une indolente turbulence. A la surface, une mousse crémeuse, dans les tons grége a rose sale masque en partie le liquide. Mais sans rien cacher, en fait. La ot elle ne s'est pas étendue, la spumosité organique, pellicule fine et élastique, mastic flasque ou encroGtement plastique, livre un miroir trouble dont l’opalescence filtre le plus souvent une vague forme cérame et, parfois, un éclat métallique a peine menagant. Si d'une main nerveuse, on remue la matiére, elle se meut lentement, proférant des menaces obscures ou plutét des plaintes étranges. Ce sont des bruits de fluides épais et des raclements assourdis de corps rigides. Au paroxysme de l’impatience, les clameurs de la substance se font entendre par des claquements brefs de vaisselle de grand restaurant. Je garde les mains au chaud dans ce corps confortable, comme les cavaliers asiatiques pris par le froid glacial des grandes steppes, éventrant leur monture pour leur voler leur tiédeur. En levant les yeux vers la fenétre a meneaux, je retrouve le ciel gris de plomb d’ot suinte une eau grasse qui trempe la ramure de notre vieux poirier. Les premiéres bourrasques de l’automne lui ont arraché les derniers fruits qui s’attachaient encore a lui. Quand jen aurai fini avec la vaisselle, il me faudra ramasser ces quelques poires pour en faire une compote. Mais pas tout de suite. II fait bon dans la cuisine et j'ai les mains bien au chaud. 12 Volume 6 - % Edition ISSN 1704 - 9970 Septembre 2003 Ma mere faisait de délicieuses confitures. Mais elle ne m’a pas appris ses recettes ; alors, je fais des poires au sirop et des compotes. Elle n’aimait pas la vaisselle et détestait les casseroles. - Pourquoi n’a-t-on jamais inventé une machine a laver les casseroles ? Se plaignait-elle . Pourquoi I’aurait-on fait ? Il n’y a pas de plus grand plaisir que de laver ces grosses piéces métalliques. Plus elles sont sales, plus elles sont maculées de graisse, plus l’encrodtement charbonneux d’une Cuisson calcinée est tenace, plus le plaisir est grand de voir réapparaitre l’éclat du métal sous l’éponge de fer. Je crois retrouver ici ce plaisir ineffable qu’ont connu ces grands chevaliers d’antan quand ils grattaient les crodtes de sang noir qui ternissaient leur armure. Les femmes ont quitté les foyers a présent ; plus jamais elles ne connaitront cette merveilleuse impression. Comme a I’habitude, mon épouse m’a quitté ce matin pour se rendre au bureau. Comme chaque jour, elle était tendue. La compétition, les responsabilités, le stress et, surtout, ce maudit temps froid et humide lui ont fermé le visage pour la journée. J’ai beaucoup d’estime pour cette personne qui a su remarquablement faire son chemin dans la vie et qui nous assure un salaire confortable. J’ai surtout énormément de respect pour cette femme courageuse qui a su affronter toutes ces difficultés pour mon seul bonheur. Je l'aide de mon mieux en prenant soin de la maison, mais je me sens un peu coupable a étre heureux et navoir que le beau réle. Auparavant, les choses en allaient autrement : c’était les femmes qui restaient au foyer et nous qui prenions toutes les désagréables responsabilités ; c’était une situation aberrante. La femme a toujours été plus solide que l'homme. Sans arrét, dans chaque domaine, les statistiques montraient combien elles étaient mieux préparées pour le combat. La mortalité infantile a toujours été en leur faveur. Elles sont plus résistantes a la maladie et vivent volontiers dix ou vingt ans de plus que nous. Ce qui me frappe le plus est leur incroyable endurance face a la douleur.